Union des Entreprises – MEDEF Finistere
Bilans GES : accédez aux facteurs d’émissions avec le nouveau site Base carbone
L’ADEME a rendu public le site de la Base carbone ...
Programme pour la croissance, situation économique française, réforme de la ...
Point presse mensuel de janvier 2011
Ce premier tableau est très très important. Ce que nous mettons en évidence ce matin par ce tableau n’a jamais été mis en évidence jusqu’à présent en France. Je vais vous expliquer pourquoi. Vous avez ici une courbe qui retrace l’évolution du coût horaire de la main d’œuvre en France, courbe bleue, et en Allemagne, courbe rouge, depuis 2000. Cette évolution est mesurée par Eurostat. Ce que nous appelons main d’œuvre dans les définitions Eurostat, c’est l’ensemble de la population salariée, quel que soit le niveau et le statut de salariat. Donc, cela va de l’ouvrier jusqu’au cadre. Nous avons ainsi un coût de la main d’œuvre à 37 euros et 20 centimes en France au 3ème trimestre 2010, (dernière donnée disponible). Et nous avons un coût de la main d’œuvre en Allemagne à 30 euros et 20 centimes pour ce même troisième trimestre. Vous voyez que, au début des années 2000, l’Allemagne a un coût de la main d’œuvre supérieur au coût de la main d’œuvre française. Un croisement s’est ensuite fait entre les années 2003 et 2004, donc dans les deux ou trois années qui suivent la mise en place des 35 heures. Ce croisement de courbe n’a cessé ensuite de se transformer en gap extraordinairement important. Regardez la situation aujourd’hui. J’insiste sur ces chiffres parce qu’ils n’ont jamais été divulgués publiquement, même s’ils ne sont pas confidentiels, et dans les analyses qui sont bien souvent présentées sur ce sujet aujourd’hui, les références qui sont données sont différentes et on parle d’un coût français aux alentours de 32 euros. Or, Eurostat, dans la dernière semaine de décembre, a actualisé ses chiffres sur la base de sa grande enquête quadriennale et c’est à partir de cette actualisation de chiffres que nous arrivons à cette donnée fondamentale d’un écart de 23 % entre le coût en France et le coût en Allemagne. 23 % d’écart de coût. Concrètement, dans la vie des entreprises, qu’est-ce que cela veut dire ?
Taux de charge sur les rémunérations
Cela veut dire qu’il y a un taux de charge sur les rémunérations brutes qui sont versées aux salariés, très différent dans les différents pays de l’Union européenne. Le taux de charge de la France est le plus élevé des pays de l’Union européenne. Nous sommes à 50 % aujourd’hui. 50 % ! Vous avez ensuite la Belgique, l’Autriche, l’Espagne, les Pays-Bas qui ont également un taux de charge sur le haut du tableau, et l’Allemagne qui est plutôt dans le milieu du tableau avec un taux de charge de 28 %. Mais le fait majeur, c’est que la France est la première en termes de taux de charge.
Une augmentation de 100 euros de salaire brut
Le taux de charge, qu’est-ce que cela veut dire très concrètement ? Cela veut dire que si l’employeur augmente de 100 euros de salaire brut le salarié, l’employeur paiera, en plus, 50 euros de charges sociales et de charges annexes à sa charge. 50 euros de plus en France et 28 euros de plus en Allemagne. Si on ne comprend pas qu’il y a là une des explications parmi les plus décisives sur l’écart de compétitivité entre la France et l’Allemagne, c’est qu’on ne veut pas voir la réalité des choses. Quand il y a beaucoup de discussions sur pourquoi le succès des entreprises allemandes en termes de commerce extérieur et pourquoi de plus grandes difficultés pour les entreprises françaises, vous avez là un élément de réponse. Je voudrais insister sur une chose pour qu’il n’y ait pas de malentendu. Quand nous mettons ce point en avant, nous ne contestons nullement l’augmentation des salaires. Ce n’est pas l’évolution du salaire brut qui est pour nous une difficulté. C’est la charge spécifique qu’il faut ajouter à ce salaire brut qui est au cœur de nos préoccupations. D’autant plus que selon différentes études micro-économiques qui ont été menées, c’est-à-dire en regardant au cas par cas et à partir d’exemples d’entreprises, il semble bien, je suis prudente pour l’instant car nous aurons à faire un certain nombre de vérifications, mais je vous donne quand même cette piste, et certainement j’y reviendrai à une prochaine conférence de presse, il semble bien que le salaire net du salarié allemand est supérieur au salaire net du salarié français pour une même rémunération brute. Donc, c’est un jeu perdant-perdant, puisque cela coûte plus cher à l’employeur français et que le salarié français s’y retrouve moins bien par rapport au mécanisme qui prévaut en Allemagne.
Evolution comparée de la durée hebdomadaire du temps de travail des salariés à temps plein
Mais comment ne pas faire un lien entre ceci et la question de la durée du travail ? Dans la problématique du coût du travail, il faut bien avoir en tête que le coût du travail, c’est un salaire en relation avec une durée de travail, un montant en relation avec une durée. Or, je voudrais qu’on regarde l’évolution de la durée hebdomadaire du travail en France et en Allemagne. Je vais vous présenter un graphique sur la durée hebdomadaire, pas sur la durée annuelle, on reparlera de la durée annuelle après si vous le souhaitez. Pourquoi je parle de la durée hebdomadaire ? Parce que c’est celle qui est aujourd’hui la durée de référence. C’est autour de cette notion de durée hebdomadaire que nous sommes en train de débattre. Je voudrais que l’on regarde l’évolution comparée de la durée hebdomadaire du temps de travail des salariés à temps plein en France et en Allemagne. Vous avez ici la courbe d’évolution, source Eurostat toujours, en bleu la courbe d’évolution de la durée hebdomadaire de travail des salariés français et en rouge la courbe d’évolution de la durée hebdomadaire de travail des salariés allemands. Dans les années 90, il y a assez peu d’écart en durée hebdomadaire entre le salarié français et le salarié allemand. Très peu d’écart. Et puis, évidemment, les choses changent dès la fin des années 90, et avec un écart spectaculaire au moment de la mise en place des lois Aubry, un creux – et je suis gentille quand je dis creux, je n’ai pas dit abîme – et vous voyez le gap considérable entre la France et l’Allemagne. Ce qui est intéressant, c’est de voir que, ensuite, il y a eu une reprise en France mais en Allemagne aussi. C’est-à-dire que la durée du travail hebdomadaire a plutôt eu tendance à augmenter dans les deux pays ces dernières années. Mais l’écart qui s’est constitué à la fin des années 9 et au début des années 2000, s’est à peine réduit. Un peu, mais à peine.
Durée moyenne hebdomadaire du temps de travail des salariés à temps plein
Et si je traduis ces courbes en minutes, c’est peut-être plus spectaculaire encore. En 1990, par semaine, le salarié français travaillait 18 minutes de moins que le salarié allemand. Sur une semaine. En 1995, il travaillait même un peu plus, 12 minutes. A ces époques-là, nous étions vraiment dans quelque chose de tout-à-fait comparable. Et puis, arrive la mise en place des 35 heures, source Eurostat j’insiste, et nous arrivons à ce pic dont je vous parlais tout-à-l’heure, ce creux : 2h12 d’écart entre le salarié allemand et le salarié français. En durée hebdomadaire du travail. Pardon, j’ai oublié de le dire : durée effective, déclarée par les salariés. Deux heures douze. Les choses se réduisent en 2005 et, aujourd’hui, en gros, nous en sommes à une heure d’écart : en 2009, 1h12. Mais là où il faut bien que nous nous comprenions, et c’est pour cela que j’ai été étonnée par certains commentaires ces dernières semaines, c’est qu’une heure douze par salarié par semaine chaque année, c’est considérable ! C’est considérable en capacité de production, en effort de production. C’est quelque chose qui est extraordinairement significatif. J’ai bien vu qu’il y avait, pour beaucoup, quand on regarde les chiffres comme cela, entre 39,4 et 40,6, on se dit, c’est peu. Mais si on les traduit en minutes, voire en heures, et qu’on les multiplie par personne, et qu’on les multiplie par semaines travaillées, c’est énorme ! Et encore, je n’ai pas voulu poser l’équation du nombre de semaines travaillées en France et en Allemagne, mais c’est un peu plus en Allemagne qu’en France. De même qu’il y a plus de jours fériés en France qu’en Allemagne.
Productivité du travail par heure en France :
Ne pas voir que la question de la durée du travail a eu un effet sur la compétitivité de notre pays et a toujours un effet sur la compétitivité de notre pays, c’est vraiment refuser de voir une réalité en face. Certains, y compris parmi ceux qui veulent remettre en question les 35 heures, expliquent que tout ceci n’est plus très grave car cette baisse de la durée du travail a été compensée, aurait été compensée par une augmentation de la productivité. Et c’est vrai que nous avons tous en tête que la productivité des salariés français, productivité horaire, est parmi les plus élevées au monde, c’est incontestable. Sauf que, si on regarde le graphique de l’évolution de la productivité, vous voyez ici l’évolution de la productivité du travail par heure en France, et malheureusement, cette productivité n’a pas augmenté depuis la mise en place des 35 heures. S’il y avait eu une véritable compensation, il aurait fallu que nous progressions, que nous ayons vraiment de telles innovations dans nos process, dans nos technologies, dans nos méthodes de travail pour que le niveau des productivités croisse. Or, c’est exactement l’inverse sur ces dix dernières années. Et mettons qu’il faille enlever 2009 et 2010 parce que, évidemment, la chute de la productivité à ce moment-là est liée à la crise et à la chute du volume global d’activité, mais j’oublie 2009 et 2010, la tendance elle est très claire, elle était surtout à la baisse. Donc il n’y a pas eu non plus de compensation de l’effet 35 heures par une augmentation de la productivité. Je rappelle aussi ce que j’aurais du vous dire quand je vous ai présenté les chiffres sur le coût du travail, et, je voudrais que l’on revienne très vite sur le graphique coût du travail
Evolution du coût horaire de la main d’œuvre
Cette courbe qui aboutit à ce chiffre et à cet écart catastrophique, comprend bien sûr les allègements de charges. Je ne sais pas si on peut calculer la courbe sans les allègements de charges, je vais voir si on peut le faire. Vous voyez que, quelle que soit la façon dont on prend le problème, on constate bien qu’il y a un impact, que cet impact se voit dans les chiffres et que nous n’avons pas su encore pleinement trouver la méthode d’ajustement. Et je n’ai pas cherché à faire des comparaisons, des benchmark avec des pays qui seraient encore plus durs dans l’évaluation, par exemple les Etats-Unis, qui ont une quantité de travail annuel et une productivité parmi les plus élevées, y compris une productivité horaire. J’ai limité la comparaison à l’Allemagne par prudence.
Evolution du PIB par habitant
Pour finir, encore un dernier tableau. Tout ceci est important et surtout, il faut avoir à l’esprit que, au fond, pendant toute la période des années 90, nous étions, si nous regardons l’évolution du PIB par habitant, en train de rattraper l’Allemagne. L’Allemagne qui avait un PIB, courbe rouge, plutôt supérieur au nôtre. Nous étions en train de la rattraper, et là aussi, une fois de plus en 2002, nous n’arrivons plus à progresser, et finalement, c’est l’Allemagne qui reprend le leadership. Il y a peut-être d’autres effets et, évidemment, l’impact de la Réunification, a au total eu un effet de booster favorable. Mais, je voulais simplement mettre en avant ce point : nous avions à un moment, en perspective, dans la compétition, le fait que nous allions pouvoir doubler l’Allemagne, et aujourd’hui, nous sommes en train de, malheureusement, constater que l’Allemagne est nettement devant nous.
A partir de ces différents diagnostics, que faut-il penser, que faut-il faire, comment aborder le problème ? Je pense qu’il ne faut pas reposer le problème exactement de la même façon qu’il y a une dizaine d’années. Et ce que nous nous sommes dits très clairement, hier en Conseil exécutif, et je voudrais que vous sachiez qu’il y avait non seulement une unanimité de point de vue sur la question, mais aussi un engagement très fort, car ce que beaucoup ont dit autour de la table et que nous avons beaucoup de mal à chiffrer, à mettre sous forme de graphique ou de tableau évidemment, c’est qu’en plus de ces effets macro-économiques ou micro-économiques objectifs, il y a eu et il y a encore dans l’affaire des 35 heures un impact psychologique très important. Bien souvent, sous forme de démobilisation ou de désinvestissement. L’impact a également été très frappant dans l’évolution du rapport que chacun a avec le travail. Quand vous interrogez les chefs d’entreprise, au fond, ce qui nous a le plus frappé ces dernières années, c’est que, avec les 35 heures, chacun est devenu comptable de son temps et voit le travail d’abord sous cet angle-là : la comptabilité du temps passé. Alors que, avant, on regardait le travail principalement sous l’angle de l’œuvre, de la mission, du produit qu’on était en train de finaliser ou à la réalisation duquel on apportait une contribution importante. La durée du travail, les 35 heures ont transformé la relation au travail et le travail n’est plus vu sous l’angle du résultat et de ce qu’il doit permettre d’offrir. On s’est focalisé sur le moyen de ce travail, c’est-à-dire le temps. Cet effet psychologique a aussi été très marquant dans le secteur des services, certains chefs d’entreprise du monde des services l’ont souligné hier, et estiment que cela a joué beaucoup dans certaines baisses de qualité de service dans différentes professions en France. Je pense aussi que les 35 heures ont provoqué de très fortes inégalités entre les Français. Et certainement des inégalités catégorielles assez grandes.
Pour toutes ces raisons, nous disons très clairement que, oui, il faut qu’il y ait un débat sur la durée du travail, que, oui, il faut revenir sur ces différents mécanismes et, au fond, ce que nous espérons, c’est que le débat présidentiel s’en préoccupe en tout premier lieu. Et il nous semble que les pistes à travailler sont de deux ordres et sont complémentaires. La première piste est probablement de passer à une durée conventionnelle à la place d’une durée légale. Je l’ai souvent dit, nous l’avions écrit déjà dans « Besoin d’air » et nous pensons qu’il faut travailler sérieusement cette approche. Et la deuxième chose importante, c’est que nous soyons amenés peut-être à changer de référent de durée. Et peut-être avons-nous tord de nous focaliser sur ce référentiel de la durée hebdomadaire. Il faut accepter qu’il y ait plusieurs référentiels, que l’on privilégie d’autres référentiels que la durée hebdomadaire. Cela peut être la durée mensuelle, la durée trimestrielle, ou la durée annuelle. Il nous semble qu’à partir de là, il y a beaucoup de pistes de travail qui s’offrent à nous, qui méritent d’être discutées pendant la campagne pour l’élection présidentielle et qui pourraient être un jour, mais ce n’est pas la priorité maintenant, l’objet de discussions entre partenaires sociaux. Mais quoi qu’il arrive, ce qui nous semble également indispensable, et je dirais même une condition sine qua none de l’ouverture de tout débat sur le sujet, c’est que tout le monde se dise que l’objectif que l’on doit atteindre est celui d’un dispositif compréhensible, lisible, maniable et pérenne. Aujourd’hui, nous avons à faire à une folie réglementaire et législative. Arriver à la simplicité, c’est ça le vrai défi. Et comme vous le savez, bien souvent arriver à la simplicité est complexe. C’est pourquoi, au fond, il nous semble tout-à-fait normal qu’on se donne le temps du débat, que ce débat soit au plus haut niveau. C’est pourquoi j’évoque l’enjeu de la campagne pour l’élection présidentielle, mais qu’on comprenne que c’est bien un enjeu de compétitivité pour notre pays.
J’évoquerai un autre point très rapidement, qui est la bonne nouvelle donnée par le signal d’un accord entre partenaires sociaux, entre patronat et syndicats, d’un cycle de délibérations et de négociations sociales. Je crois que l’accord qui a été entériné sur un Agenda social le 10 janvier dernier, est vraiment très encourageant. Et ce qui me semble vraiment très prometteur, c’est le fait que syndicats et patronats aient décidé que, à partir de maintenant, il y ait une journée par semaine consacrée au dialogue social national. Et cet engagement montre, je crois, une volonté sincère, de travail de part et d’autre.
Télécharger la présentation